Avec le Bas-Rhin (au nord) et le Haut-Rhin (au sud), l’Alsace est le plus septentrional des vignobles français ; une centaine de kilomètres sépare les grands crus Altenberg de Bergbieten, à la hauteur de Strasbourg et Rangen de Thann, non loin de Mulhouse. Les meilleurs terroirs sont rarement enplaine, mais plutôt situés sur des coteaux adossés au massif sous-vosgien, où règnent des microclimats généralement ensoleillés et secs - avec, en moyenne, 550 mm par an seulement de précipitations à Colmar.
Des plus grands rieslings secs, aux vendanges tardives (VT) et autres sélections de grains nobles (SGN) - qui trouvent parfois leur équilibre avec plus de 200 g de sucres résiduels -, l’Alsace constitue une source de très grands vins blancs souvent méconnus. Le pinot noir peut par ailleurs donner, ici ou là et chez les meilleurs vignerons, des rouges élégants et fins (cerise, églantine, sous bois, réglisse, cuir et animal).
Cépages
Les six principaux cépages blancs alsaciens sont les suivants, par ordre décroissant de superficies plantées (1) :
le riesling (22 % environ), vif et délicat, est « le »grand marqueur des nuances de terroirs ; il s’exprime sur les fleurs blanches, les fruits à chair blanche et jaune, l’orange, la citronnelle, voire parfois sur des notes dites « pétrolées » - considérées souvent comme l'expression d'une certaine forme de minéralité.
le pinot blanc (21 % environ), charpenté et fruité, peut exhalerles fruits confits, le coing, le sous bois;
le gewurztraminer (19 % environ), charpenté, peut être caricatural et entêtant au plan aromatique : rose, litchi, zestes d'agrumes, pêche jaune, pain d'épices, violette ; mais également fruits confits, ananas et fruits exotiques, etc. ;
le pinot gris (15 % environ) - qu’il ne faut plus appeler« tokay » - capiteux, aura tendance à exprimer la pêche, le miel, l’acacia, les épices.
le sylvaner (9 % des surfaces environ) se révèle vif, léger, proposant souvent les notes citronnées ;
le muscat, enfin, s’exprime plutôt sur l’orange, le melon, lesagrumes et zestes d’agrumes ; encore convient-il de distinguer le muscat àpetits grains (dit d’Alsace) du muscat Ottonel.
(1) plus anecdotique, citons également le klevner de Heiligenstein - variété de savagnin rose implanté localement, ou encore l'auxerrois; dans l'élaboration des crémants, sont également autorisés chasselas et chardonnay.
Une bonne cinquantaine de grands crus
Proposant des superficies très variables - d'un peu plus de 3 hectares pour le Kanzlerberg à… 80 hectares pour le Schlossberg - les 51 grands crus alsaciens peuvent êtrerevendiqués à travers les quatre cépages dits« nobles » : riesling, gewurztraminer, pinot gris, muscat -ainsi que le sylvaner, sur le seul grand cru Zotzenberg ; ils peuvent êtrevinifiés en sec, en vendanges tardives (VT) ou en sélections de grains nobles(SGN). Les vins issus des grands crus Altenberg de Bergheim et Kaefferkopf (lepetit dernier des grands crus) peuvent par ailleurs résulter d'un assemblage de plusieurs cépages nobles.
Complexe mosaïque deterroirs
Trois exemples, afin de tenter d’illustrer la complexité des terroirsalsaciens.
A Ribeauvillé (grands crusGeisberg, Kirchberg, Osterberg), le vignoble investit un champ de fracturesgéologiques de 2 kilomètres de large, aux compartiments particulièrementdisparates et morcelés - dits « en mosaïque ». Les principalesfailles, combinées à des effondrements successifs, sont orientées nord-sud (etest-ouest). Au menu : calcaires durs, argiles et marnes du Lias et duTrias, argiles gréseuses, conglomérats calcaires, etc.
Terroir de tous les excès, le Rangende Thann (19 ha), situé une quarantaine de kilomètres au sud de Colmar(Haut-Rhin), est le grand cru le plus méridional d'Alsace. Accroché à un coteaude nature volcanique, les pentes y sont vertigineuses. Très différent du climatcontinental ou semi-continental de Colmar, celui de Thann s'apparente davantage au climat de la montagne vosgienne.
Les grands crus Kastelberg etWiebelberg d'Andlau, enfin, à une quarantaine de kilomètres au sud-ouest deStrasbourg (Bas-Rhin), déclinent respectivement schistes et grès.
Minéralité et fraîcheur
Après des productions fluides et aqueuses, puis les vins pâteux et lourds, l’Alsace (qualitative) propose de longue date des vins plus élégants et fins, où l’équilibre penche vers davantage de fraîcheur. Le vignoble fonctionne en fait à deux vitesses, proposant d’un côté des vins « toutvenant », boostés (sucres résiduels), et de l’autre des vins d’une qualitéremarquable, recherchant la minéralité. Enfin l’Allemagne et saconscience écologique étant tout proches, la réflexion sur les modes deproduction dits « durables » ne date pas d’aujourd’hui (viticulturebio, biodynamie…).
Et le vignoble lorrain ?
La Lorraine viticole est représentée de nos jours par les seulsvignobles mosellan (50 ha!), ainsi que des Côtes-de-Toul, avec un peu plus du double de cette superficie. Citons encore les Côtes-de-Meuse,sur Fresnes et Vigneulles, avec quelques hectares préservés ou replantés en1974 - et l'appellation VDP de la Meuse accordée en 1981. On a du mal à imaginer, mais le vignoblelorrain couvrait quelque 30000 hectares au cours du XIXe siècle ; lephylloxéra étant passé par là, subsistent les zones les plus qualitatives,certaines limitrophes du Luxembourg (Contz-les-Bains). Si les terroirs sontglobalement argilo-calcaires, ceux des Côtes-de-Toul, vestiges d'un anciensoulèvement corallien, sont issus d'argiles oxfordiennes mélangées à desalluvions anciennes, avec beaucoup d'éboulis calcaires; les vins gris, les plustypiques, sont issus ici des cépages gamay, pinot gris et auxerrois, voireaubin. Les coteaux mosellans, qui dominent la Moselle en pentes plus fortessont plantés, outre les cépages déjà cités, en muller-thurgau (croisement riesling-sylvaner), pinot noir et pinot blanc (voire gewurztraminer, riesling,pinot meunier...). Autant de cépages souvent précoces, adaptés aux caractéristiques climatiques (microclimats..) et aux belles arrière-saisons.
